Amos Daragon - 02 - La Clé de Braha, page 4
part #2 of Amos Daragon Series
Amos s’avança sur le quai. Au bout de l’embarcadère, il remarqua une cloche d’où pendait une longue corde.
« Au point où j’en suis, pensa-t-il, aussi bien sonner et attendre ! Je vais peut-être attirer l’attention de quelqu’un ! »
Le son de la cloche retentit alors dans tout le cimetière, puis le silence revint aussitôt. Amos essaya de nouveau. Rien. Découragé par ce nouvel échec, il tourna les talons pour regagner la rive. À ce moment, un vent fort se leva. Tournant la tête, le jeune garçon vit arriver un bateau. Un immense trois mâts presque aussi large que la rivière venait vers lui à vive allure.
Le navire était dans un état pitoyable. Sa coque, trouée par des dizaines de boulets de canon, semblait vouloir se rompre à tout moment. De la braise fumante, des marques de nombreux combats, de la suie et de grandes traces de sang coloraient l’ancien vaisseau de guerre. Les voiles étaient en lambeaux, le mât central sectionné en deux et la figure de proue, représentant une sirène, n’avait plus de tête. Le vaisseau fantôme ralentit et s’immobilisa en face du garçon. Deux squelettes sautèrent brusquement sur le quai et attachèrent les amarres. Amos, paralysé par la peur, se dit :
« Je pense que j’ai vraiment réussi à attirer l’attention de… de quelqu’un ! »
Les deux squelettes, en bons matelots, avaient immobilisé le bateau. Ils restaient plantés là, les cordes d’amarrage dans les mains, en dévisageant le garçon. Une passerelle tomba lourdement devant Amos. C’est un vieillard mal vêtu, à la mine sombre et sinistre, qui descendit vers lui. Sans émotion et sur un ton menaçant, il lui demanda en criant :
— TON NOM ?
— Amos… euh… Amos Daragon, monsieur.
Le vieil homme à la peau grise et aux lèvres vertes sortit un épais livre de cuir d’une gibecière. Il le consulta quelques instants puis, impatient, hurla encore :
— RÉPÈTE TON NOM !
— Amos Daragon, répéta le garçon.
— JE NE TROUVE PAS TON NOM, vociféra l’homme. VA-T’EN, SALE MOUCHERON, TU N’ES PAS MORT !
À ce moment, comme le capitaine s’apprêtait à remonter à bord de son navire, Amos vit un homme descendre la passerelle. Il paraissait nerveux et portait sa tête sous son bras. Il s’approcha du vieillard et déclara :
— J’ai une dérogation… disons… une lettre du baron Samedi pour assurer… comment dirais-je ?… le passage de monsieur Amos Daragon. Regardez ce papier !
— Très bien, marmonna le vieux après avoir lu la lettre. CE PAPIER M’INDIQUE CLAIREMENT QUE VOUS ÊTES BEL ET BIEN MORT, cria-t-il à Amos. JE M’APPELLE CHARON ET JE SERAI VOTRE CAPITAINE POUR LE VOYAGE. VOUS DEVEZ PAYER VOTRE PASSAGE ! MAINTENANT !
— Désolé, je n’ai pas d’argent ! répondit le jeune garçon, étonné.
L’homme qui portait sa tête sous son bras s’avança :
— Bonjour, monsieur Daragon. Je m’appelle Jerik Svenkhamr et je dois assurer le… disons… le bon déroulement de votre voyage jusqu’à Braha. Regardez bien dans… comment dire ?… là… sous votre langue… disons… oui… dans votre bouche, il y a sûrement là une pièce qui traîne. Il arrive souvent que… comment dire ?… que les gens laissent là un peu d’argent afin de payer maître Charon pour ses services. C’est une vieille tradition dans… dans… enfin… dans plusieurs cultures !
Amos se mit les doigts dans la bouche et, surpris, il y trouva une boucle d’oreille en or. Le garçon reconnut immédiatement le bijou de Lolya. La jeune reine le lui avait sûrement glissé sous la langue durant la grande cérémonie.
Sans comprendre comment il avait pu garder ce bijou tout ce temps dans la bouche sans même s’en rendre compte, Amos tendit l’objet à Charon.
— MERCI, fit le capitaine en riant, PROFITEZ BIEN DE VOTRE DERNIER VOYAGE !
— Venez, maître Daragon, venez ! dit Jerik en empoignant le porteur de masques par le bras. Je vous croyais plus… disons… comment dire ?… plus vieux, plus costaud et moins enfant… disons… plus adulte.
— Expliquez-moi ce qui se passe ! J’ai besoin de comprendre, demanda Amos à Jerik en montant sur le pont du bateau et tout étonné qu’il l’appelle « maître ».
— Voici, voici… c’est assez simple, finalement. Il y a longtemps que je vous cherche. En fait, c’est mon maître, le premier magistrat de Braha, qui désire vous rencontrer. Là, ici, nous sommes sur le fleuve de la mort, celui qu’on nomme le Styx. Lui, c’est Charon… mais… mais vous le connaissez déjà ! Enfin, pas depuis longtemps mais déjà quand même. Moi, je suis le secrétaire de Mertellus… Je suis un ancien voleur qui a eu la tête coupée. D’ailleurs, cela se voit, non ? Mertellus est le juge, le premier magistrat de Braha qui, en fait, est… la grande cité des morts. Comment dire ?… Vous aurez à trouver une clé que seul un être vivant peut prendre, mais le problème… c’est que… nous ne savons pas si elle existe vraiment ! De toute façon, là, vous êtes… disons… mort mais il vous faudra revenir à la vie ! Vous voyez ? Des questions ? Il y a aussi le baron Samedi, sans qui rien de tout cela n’aurait pu être possible ! C’est lui qui vous a envoyé Lolya… C’est clair ?
— Je n’ai absolument rien compris de ce que vous venez de dire, Jerik, répondit Amos, en proie à la plus grande des confusions.
— Je ne suis peut-être pas la meilleure personne pour… enfin… vous voyez ? J’ai un peu perdu la tête… C’est une blague… En fait… vous la comprenez ? Bon… enfin… de toute façon, il est vrai que je n’ai jamais eu beaucoup de… de tête !
Le navire largua les amarres. Amos soupira en regardant s’éloigner, derrière lui, le cimetière de Berrion.
5. Les révélations de Lolya
Le calme était maintenant revenu dans la ville de Berrion. Junos avait fait amende honorable auprès de la population. Il avait avoué son manque de jugement, sa trop grande bonhomie, et les citoyens de Berrion avaient vite pardonné à leur seigneur. Tous savaient que le royaume avait un seigneur au grand cœur, et personne ne parla plus de cette misérable histoire de révolte.
Toute la tribu des Dogons avait été jetée en prison avant les funérailles d’Amos. Après cinq jours de deuil, Junos convoqua la jeune reine dans la cour du palais. Étant donné qu’on ne savait pas exactement quelle était l’étendue de ses pouvoirs magiques, c’est pieds et mains enchaînés qu’on l’amena devant le seigneur. Très dignement, Lolya salua l’assistance, sous une pluie d’insultes, d’invectives et de jurons. Après avoir exigé le silence, Junos déclara :
— Lolya, reine des Dogons, nous vous avons reçus dans ce royaume, vous et vos hommes, comme des amis. Vous avez trahi notre confiance ! Nous ne punissons pas l’homicide par la mise à mort des meurtriers. Par contre, vous payerez cher l’assassinat de mon ami Amos Daragon. Je vous condamne au châtiment des fées du bois de Tarkasis. Les gardiennes du pays de Gwenfadrille vous feront danser et voleront de précieuses années de votre vie. Vous entrerez dans ce bois comme une enfant et vous en ressort irez dans cinquante ans, aussi vieille qu’une grand-mère.
— Vous semblez croire que j’ai vraiment tué Amos Daragon ? fit Lolya en niant l’évidence.
Enragé, Béorf cria :
— Nous t’avons tous vue le tuer ! Son cœur s’est arrêté de battre…
— IL N’EST PAS MORT ! répondit violemment Lolya. Écoutez-moi bien maintenant car si vous ne faites rien, votre ami risque de perdre son âme. Je ne sais trop comment vous expliquer… J’agis pour obéir au baron Samedi, Il est mon guide…
— J’en ai assez entendu ! lança Junos. Qu’on l’amène au bois de Tarkasis ! Nous reconduirons ensuite ses hommes aux portes du royaume. Je n’ai pas confiance en cette petite menteuse qui…
Lolya poussa soudainement un cri strident et tomba par terre, en proie à de violentes convulsions. Devant un tel spectacle, personne n’osa bouger, espérant que cette manifestation n’était pas encore un de ses tours de sorcellerie. Les yeux révulsés et l’écume aux lèvres, la fillette tremblait de tout son corps en émettant des sons discordants. Cette crise dura une bonne minute. Une fois calmée, la jeune reine se remit lentement sur ses pieds. Elle s’essuya la bouche et dit d’une voix profonde et caverneuse :
— Stupides humains ! Vous ne savez pas écouter et vous croyez tout ce que vos simples perceptions vous font croire.
— Qu’est-ce que ce tour de magie ? demanda agressivement Junos. Qu’on s’empare d’elle !
Lolya éclata d’un rire profond. Au moment où deux chevaliers tentèrent de la saisir, leurs mains s’enflammèrent au contact de sa peau. Les deux hommes coururent vers la fontaine de la cour en hurlant de douleur. La fillette sourit méchamment.
— On ne s’empare pas du baron Samedi !
La reine des Dogons leva les bras et mit la chaîne reliant ses deux mains dans sa bouche. Devant tous les incrédules, elle la broya comme une coquille de noix entre ses dents. Par sa seule volonté, elle fit ensuite fondre les maillons de métal qui entravaient ses pieds.
— Écoute-moi, seigneur Junos, ou je fais cuire ton armée ! dit Lolya qui avait maintenant une voix de démon.
Au moment même où elle prononça ces paroles, les armures de tous les chevaliers devinrent brûlantes. Les couteaux et les épées prirent une couleur rouge semblable à celle du métal chauffé par le feu d’une forge. Les hommes commencèrent à courir dans tous les sens en essayant de retirer leur cuirasse. Quelques personnes de l’assistance voulurent fuir, mais les poignées des portes du château flamboyaient aussi d’une forte intensité. Junos cria :
— Arrêtez ce cirque ! Je vous écoute !
— Très bien, répondit la fille en annulant son sort. Tu vois Lolya mais elle n’est plus là. J’ai emprunté son corps pour t’adresser la parole. Je suis le baron Samedi, un ancien dieu d’un ancien monde que tu n’as pas connu. J’ai plusieurs noms, plusieurs formes, et mes pouvoirs sont grands.
— Et qu’attendez-vous de nous ? lança Béorf sur un ton de défi.
— En voici un qui n’a pas peur de la mort ! fit le baron. Tu as dans les yeux le même courage que ton père et ta mère, jeune béorite. Les hommes-ours sont ainsi puissants et fiers. C’est moi qui ai accueilli tes parents dans le monde des morts lorsqu’ils ont été brûlés vivants par Yaune le Purificateur.
— Je suis bien content de l’apprendre, rétorqua Béorf avec arrogance et mépris. Parle maintenant et retourne ensuite d’où tu viens !
La fillette sourit et le baron Samedi continua :
— Rassurez-vous ! Amos Daragon, le porteur de masques, n’est pas réellement mort. C’est sous mes ordres que Lolya l’a envoyé dans une autre dimension. Soyez plus gentils avec cette enfant ! Plus de chaînes et plus de prison ! C’est un être doué d’une grande force vitale. Son voyage pour venir à Berrion a été long et difficile, et la moitié de ses hommes sont morts en chemin. J’ai moi-même fabriqué, dans les forges de l’enfer, le masque du feu qu’elle a offert à Amos. Il n’y a jamais eu de porteur de masques dans sa famille ou même chez les Dogons. Lolya vous a menti parce qu’elle ne pouvait pas vous révéler nos véritables intentions et parce qu’elle voulait que vous ayez confiance en elle. Comme je lui ai demandé de le faire, elle a envoyé Amos Daragon vers Braha, la grande cité des morts. J’avais besoin de lui pour régler une affaire urgente. J’ai également besoin de vous ! Je vais vous dire ce que vous devez maintenant faire pour ramener Amos Daragon à la vie. Déterrez rapidement son corps et portez-le dans le désert de Mahikui. Vous trouverez là, au milieu de cette mer de sable, une pyramide dont seule la pointe émerge du sol. Vous devrez franchir une porte, mais Lolya saura comment actionner son mécanisme d’ouverture. C’est au centre de cette pyramide que vous déposerez le corps du porteur de masques. Lolya vous guidera pendant tout le voyage. Le corps du garçon doit être à sa place lors de la prochaine éclipse de soleil qui aura lieu dans deux mois exactement. Vous n’avez pas de temps à perdre. Plusieurs d’entre vous mourront dans cette aventure. Méfie-toi, Junos, quelqu’un, ici, dans ce château, cherche à te nuire. Tu héberges un espion. Je pars maintenant… Ne perdez pas de temps ! Béorf ! On se reverra… À bientôt !
À ce moment, l’esprit du baron Samedi quitta le corps de Lolya, et celle-ci s’effondra sur le sol, inconsciente. Béorf courut à toute vitesse vers le cimetière. Accompagné de ses parents adoptifs, Urban et Frilla Daragon, il se transforma en ours et commença à creuser frénétiquement le sol. En quelques minutes, le corps était exhumé. On ramena Amos au château et Junos ordonna qu’on prenne soin de Lolya.
Le soir venu, lorsque tout redevint calme, Béorf se rendit auprès de la dépouille de son ami. Amos avait été installé dans sa chambre, sur son lit. Recouvert d’un drap blanc, le garçon semblait dormir d’un profond sommeil.
Des dizaines de chandelles avaient été allumées et leurs flammes dansantes caressaient les murs d’une douce lumière. Béorf s’assit sur le lit et parla doucement à son ami :
— Salut, Amos. Je ne sais pas si tu peux m’entendre, mais j’ai besoin de te parler. Quand j’étais petit, mon père m’a raconté l’histoire du forgeron de son village. Un jour, cet homme se présenta devant le grand prêtre. Complètement bouleversé, il demanda au sage de lui permettre de quitter le village pour se cacher en haut de la grande montagne. Apparemment, le forgeron avait vu la mort en personne qui le regardait de façon terrifiante. Ne voulant pas mourir, il avait choisi de fuir en espérant échapper à son destin. Le prêtre lui donna sa bénédiction, et le villageois déguerpit précipitamment. Au sommet de la montagne, épuisé par le trajet, il glissa malencontreusement sur une pierre et se cassa le cou. La mort apparut alors à ses côtés. Le forgeron, agonisant, lui demanda : « Pourquoi m’as-tu torturé de ton regard lorsque je t’ai aperçue au village ? Tu savais que j’allais mourir, alors pourquoi me faire ainsi souffrir ? » La mort répondit : « Tu t’es mépris sur mon regard, il n’était pas du tout rempli de colère mais plutôt de surprise. Hier, j’ai reçu l’ordre d’aller te chercher dans la montagne. Si bien que, quand je t’ai vu dans ta forge, au village, je me suis demandé : « Mais comment ce forgeron pourra-t-il être demain dans la montagne alors qu’ici, il croule sous l’ouvrage et semble parfaitement heureux ? Il n’a aucune raison de partir ! »
Béorf soupira, puis, après un long moment de silence, il reprit son monologue :
— Il semble, mon ami Amos, que nous n’échappons pas à notre destin. Le baron Samedi m’a salué en disant que nous allions nous revoir. Comme dans l’histoire de mon père, je viens de voir pour une première fois la mort. J’ai peur de mourir, Amos…
Comme il terminait sa phrase, Béorf aperçut une ombre qui se faufilait dans le couloir. Doucement, il se dirigea vers la porte entrebâillée. Le gros garçon vit alors un des cuisiniers du château, habillé de vêtements de voyage, descendre furtivement l’escalier et courir vers les écuries. Il reconnut l’homme que Lolya avait poursuivi avec un couteau dans les cuisines du palais. La jeune reine l’avait alors accusé de traîtrise et avait dit qu’il avait le mauvais œil. Le cuisinier vola un cheval et déguerpit dans la nuit. Sans hésiter, Béorf se transforma en ours et se lança à la poursuite du fugitif.
« Si mon destin est de mourir dans cette aventure, pensa-t-il, je mourrai la tête haute, comme mon père et ma mère ! Je ne fuirai pas lâchement devant le danger ! »
6. Sur la route de Braha
Depuis plusieurs heures, Amos essayait de comprendre ce que lui expliquait Jerik, Le secrétaire avait posé sa tête sur un baril du navire afin de se reposer un peu les bras.
— Bon, si tu es d’accord, je récapitule, Jerik, dit Amos. Premièrement, nous voguons en ce moment sur le Styx, le fleuve de la mort. Cette rivière coule dans une autre dimension, et les vivants ne peuvent pas la voir. C’est cela ?
— Oui, c’est bien cela ! s’exclama Jerik. C’est comme la clé de Braha pour ouvrir les portes ! Vivant, oui, c’est possible ! Mais mort… non ! C’est ce que je disais…
— Une chose à la fois ! lança Amos en interrompant la tête qui bougeait sans cesse sous le mouvement des mâchoires. Toutes les âmes des morts doivent impérativement prendre ce bateau pour atteindre une très grande ville nommée Braha. Les cimetières sont en réalité des ports d’embarquement. Charon est le capitaine de ce navire, et sa fonction est de récupérer les âmes et de les amener à Braha où elles seront toutes jugées. Cette ville est entièrement peuplée de fantômes. Ce sont des revenants, comme toi et moi, qui attendent de partir vers le paradis ou l’enfer. Là-bas, trois magistrats décident qui va dans le monde des dieux positifs et qui va dans le monde des dieux négatifs, c’est bien cela ?
— Précisément… voilà… tout y est, sauf bien sûr la clé ! répondit Jerik.
— J’y viens. Toi, Jerik, tu travailles pour Mertellus. Il y a aussi les juges Ganhaus et Korrillion. Un matin, sans avertissement, les deux portes permettant de faire sortir les âmes se sont fermées. Impossible de les rouvrir ! Vous m’avez alors choisi pour vous venir en aide. C’est moi qui dois maintenant trouver la clé pour vous sortir du pétrin, c’est toujours cela ?
— Exactement ! Cependant, il y a encore un problème… à expliquer… disons… plutôt… à régler… Comme je le disais… une âme ne peut pas…
Le bateau s’arrêta brusquement. Amos interrompit Jerik :
— Tu me parleras de ce problème plus tard, allons voir ce qui se passe !
Quatre ou cinq autres âmes, parmi les passagers, suivirent le garçon et se dirigèrent, elles aussi, vers la passerelle. Sur le quai d’un tout petit cimetière rempli de fleurs, Charon refusait de faire embarquer une famille. L’homme implorait la clémence du capitaine :
