The French Masters, page 942
— En route ! aux autres fosses ! et tu viens avec nous, sale cochon !
Chaval eut à peine le temps de reprendre ses sabots à la baraque, et de jeter son tricot de laine sur ses épaules glacées. Tous l’entraînaient, le forçaient à galoper au milieu d’eux. Éperdue, Catherine remettait également ses sabots, boutonnait à son cou la vieille veste d’homme dont elle se couvrait depuis le froid ; et elle courut derrière son galant, elle ne voulait pas le quitter, car on allait le massacrer, bien sûr.
Alors, en deux minutes, Jean-Bart se vida. Jeanlin, qui avait trouvé une corne d’appel, soufflait, poussait des sons rauques, comme s’il avait rassemblé des boeufs. Les femmes, la Brûlé, la Levaque, la Mouquette relevaient leurs jupes pour courir ; tandis que Levaque, une hache à la main, la manoeuvrait ainsi qu’une canne de tambour-major. D’autres camarades arrivaient toujours, on était près de mille, sans ordre, coulant de nouveau sur la route en un torrent débordé. La voie de sortie était trop étroite, des palissades furent rompues.
— Aux fosses ! à bas les traîtres ! plus de travail !
Et Jean-Bart tomba brusquement à un grand silence. Pas un homme, pas un souffle. Deneulin sortit de la chambre des porions, et tout seul, défendant du geste qu’on le suivît, il visita la fosse. Il était pâle, très calme. D’abord, il s’arrêta devant le puits, leva les yeux, regarda les câbles coupés : les bouts d’acier pendaient inutiles, la morsure de la lime avait laissé une blessure vive, une plaie fraîche qui luisait dans le noir des graisses. Ensuite, il monta à la machine, en contempla la bielle immobile, pareille à l’articulation d’un membre colossal frappé de paralysie, en toucha le métal refroidi déjà, dont le froid lui donna un frisson, comme s’il avait touché un mort. Puis, il descendit aux chaudières, marcha lentement devant les foyers éteints, béants et inondés, tapa du pied sur les générateurs qui sonnèrent le vide. Allons ! c’était bien fini, sa ruine s’achevait. Même s’il raccommodait les câbles, s’il rallumait les feux, où trouverait-il des hommes ? Encore quinze jours de grève, il était en faillite. Et, dans cette certitude de son désastre, il n’avait plus de haine contre les brigands de Montsou, il sentait la complicité de tous, une faute générale, séculaire. Des brutes sans doute, mais des brutes qui ne savaient pas lire et qui crevaient de faim.
IV
Et la bande, par la plaine rase, toute blanche de gelée, sous le pâle soleil d’hiver, s’en allait, débordait de la route, au travers des champs de betteraves.
Dès la Fourche-aux-Boeufs, Étienne en avait pris le commandement. Sans qu’on s’arrêtât, il criait des ordres, il organisait la marche. Jeanlin, en tête, galopait en sonnant dans sa corne une musique barbare. Puis, aux premiers rangs, les femmes s’avançaient, quelques-unes armées de bâtons, la Maheude avec des yeux ensauvagés qui semblaient chercher au loin la cité de justice promise ; la Brûlé, la Levaque, la Mouquette, allongeant toutes leurs jambes sous leurs guenilles, comme des soldats partis pour la guerre. En cas de mauvaise rencontre, on verrait bien si les gendarmes oseraient taper sur des femmes. Et les hommes suivaient, dans une confusion de troupeau, en une queue qui s’élargissait, hérissée de barres de fer, dominée par l’unique hache de Levaque, dont le tranchant miroitait au soleil. Étienne, au centre, ne perdait pas de vue Chaval, qu’il forçait à marcher devant lui ; tandis que Maheu, derrière, l’air sombre, lançait des coups d’oeil sur Catherine, la seule femme parmi ces hommes, s’obstinant à trotter près de son amant, pour qu’on ne lui fît pas du mal. Des têtes nues s’échevelaient au grand air, on n’entendait que le claquement des sabots, pareil à un galop de bétail lâché, emporté dans la sonnerie sauvage de Jeanlin.
Mais, tout de suite, un nouveau cri s’éleva.
— Du pain ! du pain ! du pain !
Il était midi, la faim des six semaines de grève s’éveillait dans les ventres vides, fouettée par cette course en plein champ. Les croûtes rares du matin, les quelques châtaignes de la Mouquette, étaient loin déjà ; et les estomacs criaient, et cette souffrance s’ajoutait à la rage contre les traîtres.
— Aux fosses ! plus de travail ! du pain !
Étienne, qui avait refusé de manger sa part, au coron, éprouvait dans la poitrine une sensation insupportable d’arrachement. Il ne se plaignait pas ; mais, d’un geste machinal, il prenait sa gourde de temps à autre, il avalait une gorgée de genièvre, si frissonnant, qu’il croyait avoir besoin de ça pour aller jusqu’au bout. Ses joues s’échauffaient, une flamme allumait ses yeux. Cependant, il gardait sa tête, il voulait encore éviter les dégâts inutiles.
Comme on arrivait au chemin de Joiselle, un haveur de Vandame, qui s’était joint à la bande par vengeance contre son patron, jeta les camarades vers la droite, en hurlant :
— A Gaston-Marie ! faut arrêter la pompe ! faut que les eaux démolissent
Jean-Bart !
La foule entraînée tournait déjà, malgré les protestations d’Étienne, qui les suppliait de laisser épuiser les eaux. A quoi bon détruire les galeries ? cela révoltait son coeur d’ouvrier, malgré son ressentiment. Maheu, lui aussi, trouvait injuste de s’en prendre à une machine. Mais le haveur lançait toujours son cri de vengeance, et il fallut qu’Étienne criât plus fort :
— A Mirou ! il y a des traîtres au fond !… A Mirou ! à Mirou !
D’un geste, il avait refoulé la bande sur le chemin de gauche, tandis que Jeanlin, reprenant la tête, soufflait plus fort. Un grand remous se produisit. Gaston-Marie, pour cette fois, était sauvé.
Et les quatre kilomètres qui les séparaient de Mirou furent franchis en une demi-heure, presque au pas de course, à travers la plaine interminable. Le canal, de ce côté, la coupait d’un long ruban de glace. Seuls, les arbres dépouillés des berges, changés par la gelée en candélabres géants, en rompaient l’uniformité plate, prolongée et perdue dans le ciel de l’horizon, comme dans une mer. Une ondulation des terrains cachait Montsou et Marchiennes, c’était l’immensité nue.
Ils arrivaient à la fosse, lorsqu’ils virent un porion se planter sur une passerelle du criblage, pour les recevoir. Tous connaissaient bien le père Quandieu, le doyen des porions de Montsou, un vieux tout blanc de peau et de poils, qui allait sur ses soixante-dix ans, un vrai miracle de belle santé dans les mines.
— Qu’est-ce que vous venez fiche par ici, tas de galvaudeux ?
cria-t-il.
La bande s’arrêta. Ce n’était plus un patron, c’était un camarade ; et un respect les retenait devant ce vieil ouvrier.
— Il y a des hommes au fond, dit Étienne. Fais-les sortir.
— Oui, il y a des hommes, reprit le père Quandieu, il y en a bien six douzaines, les autres ont eu peur de vous, méchants bougres !… Mais je vous préviens qu’il n’en sortira pas un, ou que vous aurez affaire à moi !
Des exclamations coururent, les hommes poussaient, les femmes avancèrent. Vivement descendu de la passerelle, le porion barrait la porte, maintenant.
Alors, Maheu voulut intervenir.
— Vieux, c’est notre droit, comment arriverons-nous à ce que la grève soit générale, si nous ne forçons pas les camarades à être avec nous ?
Le vieux demeura un moment muet. Évidemment, son ignorance en matière de coalition égalait celle du haveur. Enfin, il répondit :
— C’est votre droit, je ne dis pas. Mais, moi, je ne connais que la consigne… Je suis seul, ici. Les hommes sont au fond pour jusqu’à trois heures, et ils y resteront jusqu’à trois heures.
Les derniers mots se perdirent dans des huées. On le menaçait du poing, déjà les femmes l’assourdissaient, lui soufflaient leur haleine chaude à la face. Mais il tenait bon, la tête haute, avec sa barbiche et ses cheveux d’un blanc de neige ; et le courage enflait tellement sa voix, qu’on l’entendait distinctement, par-dessus le vacarme.
— Nom de Dieu ! vous ne passerez pas !… Aussi vrai que le soleil nous éclaire, j’aime mieux crever que de laisser toucher aux câbles… Ne poussez donc plus, je me fous dans le puits devant vous !
Il y eut un frémissement, la foule recula, saisie. Lui, continuait :
— Quel est le cochon qui ne comprend pas ça ?… Moi, je ne suis qu’un ouvrier comme vous autres. On m’a dit de garder, je garde.
Et son intelligence n’allait pas plus loin, au père Quandieu, raidi dans son entêtement du devoir militaire, le crâne étroit, l’oeil éteint par la tristesse noire d’un demi-siècle de fond. Les camarades le regardaient, remués, ayant quelque part en eux l’écho de ce qu’il leur disait, cette obéissance du soldat, la fraternité et la résignation dans le danger. Il crut qu’ils hésitaient encore, il répéta :
— Je me fous dans le puits devant vous !
Une grande secousse remporta la bande. Tous avaient tourné le dos, la galopade reprenait sur la route droite, filant à l’infini, au milieu des terres. De nouveau, les cris s’élevaient :
— A Madeleine ! à Crèvecoeur ! plus de travail ! du pain, du pain !
Mais, au centre, dans l’élan de la marche, une bousculade avait lieu. C’était Chaval, disait-on, qui avait voulu profiter de l’histoire pour s’échapper. Étienne venait de l’empoigner par un bras, en menaçant de lui casser les reins, s’il méditait quelque traîtrise. Et l’autre se débattait, protestait rageusement :
— Pourquoi tout ça ? est-ce qu’on n’est plus libre ?… Moi, je gèle depuis une heure, j’ai besoin de me débarbouiller. Lâche-moi !
Il souffrait en effet du charbon collé à sa peau par la sueur, et son tricot ne le protégeait guère.
— File, ou c’est nous qui te débarbouillerons, répondait Étienne.
Fallait pas renchérir en demandant du sang.
On galopait toujours, il finit par se tourner vers Catherine, qui tenait bon. Cela le désespérait, de la sentir près de lui, si misérable, grelottante sous sa vieille veste d’homme, avec sa culotte boueuse. Elle devait être morte de fatigue, elle courait tout de même pourtant.
— Tu peux t’en aller, toi, dit-il enfin.
Catherine parut ne pas entendre. Ses yeux, en rencontrant ceux d’Étienne, avaient eu seulement une courte flamme de reproche. Et elle ne s’arrêtait point. Pourquoi voulait-il qu’elle abandonnât son homme ? Chaval n’était guère gentil, bien sûr ; même il la battait, des fois. Mais c’était son homme, celui qui l’avait eue le premier ; et cela l’enrageait qu’on se jetât à plus de mille contre lui. Elle l’aurait défendu, sans tendresse, pour l’orgueil.
— Va-t’en ! répéta violemment Maheu.
Cet ordre de son père ralentit un instant sa course. Elle tremblait, des larmes gonflaient ses paupières. Puis, malgré sa peur, elle revint, elle reprit sa place, toujours courant. Alors, on la laissa.
La bande traversa la route de Joiselle, suivit un instant celle de Cron, remonta ensuite vers Cougny. De ce côté, des cheminées d’usine rayaient l’horizon plat, des hangars de bois, des ateliers de briques, aux larges baies poussiéreuses, défilaient le long du pavé. On passa coup sur coup près des maisons basses de deux corons, celui des Cent-Quatre-Vingts, puis celui des Soixante-Seize ; et, de chacun, à l’appel de la corne, à la clameur jetée par toutes les bouches, des familles sortirent, des hommes, des femmes, des enfants, galopant eux aussi, se joignant à la queue des camarades. Quand on arriva devant Madeleine, on était bien quinze cents. La route dévalait en pente douce, le flot grondant des grévistes dut tourner le terri, avant de se répandre sur le carreau de la mine.
A ce moment, il n’était guère plus de deux heures. Mais les porions, avertis, venaient de hâter la remonte ; et, comme la bande arrivait, la sortie s’achevait, il restait au fond une vingtaine d’hommes, qui débarquèrent de la cage. Ils s’enfuirent, on les poursuivit à coups de pierres. Deux furent battus, un autre y laissa une manche de sa veste. Cette chasse à l’homme sauva le matériel, on ne toucha ni aux câbles ni aux chaudières. Déjà le flot s’éloignait, roulait sur la fosse voisine.
Celle-ci, Crèvecoeur, ne se trouvait qu’à cinq cents mètres de Madeleine. Là, également, la bande tomba au milieu de la sortie. Une herscheuse y fut prise et fouettée par les femmes, la culotte fendue, les fesses à l’air, devant les hommes qui riaient. Les galibots recevaient des gifles, des haveurs se sauvèrent, les côtes bleues de coups, le nez en sang. Et, dans cette férocité croissante, dans cet ancien besoin de revanche dont la folie détraquait toutes les têtes, les cris continuaient, s’étranglaient, la mort des traîtres, la haine du travail mal payé, le rugissement du ventre voulant du pain. On se mit à couper les câbles, mais la lime ne mordait pas, c’était trop long, maintenant qu’on avait la fièvre d’aller en avant, toujours en avant. Aux chaudières, un robinet fut cassé ; tandis que l’eau, jetée à pleins seaux dans les foyers, faisait éclater les grilles de fonte.
Dehors, on parla de marcher sur Saint-Thomas. Cette fosse était la mieux disciplinée, la grève ne l’avait pas atteinte, près de sept cents hommes devaient y être descendus ; et cela exaspérait, on les attendrait à coups de trique, en bataille rangée, pour voir un peu qui resterait par terre. Mais la rumeur courut qu’il y avait des gendarmes à Saint-Thomas, les gendarmes du matin, dont on s’était moqué. Comment le savait-on ? personne ne pouvait le dire. N’importe ! la peur les prenait, ils se décidèrent pour Feutry-Cantel. Et le vertige les remporta, tous se retrouvèrent sur la route, claquant des sabots, se ruant : à Feutry-Cantel ! à Feutry-Cantel ! les lâches y étaient bien encore quatre cents, on allait rire ! Située à trois kilomètres, la fosse se cachait dans un pli de terrain, près de la Scarpe. Déjà, l’on montait la pente des Plâtrières, au-delà du chemin de Beaugnies, lorsqu’une voix, demeurée inconnue, lança l’idée que les dragons étaient peut-être là-bas, à Feutry-Cantel. Alors, d’un bout à l’autre de la colonne, on répéta que les dragons y étaient. Une hésitation ralentit la marche, la panique peu à peu soufflait, dans ce pays endormi par le chômage, qu’ils battaient depuis des heures. Pourquoi n’avaient-ils pas buté contre des soldats ? Cette impunité les troublait, à la pensée de la répression qu’ils sentaient venir.
Sans qu’on sût d’où il partait, un nouveau mot d’ordre les lança sur une autre fosse.
— A la Victoire ! à la Victoire !
Il n’y avait donc ni dragons ni gendarmes, à la Victoire ? On l’ignorait. Tous semblaient rassurés. Et, faisant volte-face, ils descendirent du côté de Beaumont, ils coupèrent à travers champs, pour rattraper la route de Joiselle. La voie du chemin de fer leur barrait le passage, ils la traversèrent en renversant les clôtures. Maintenant, ils se rapprochaient de Montsou, l’ondulation lente des terrains s’abaissait, élargissait la mer des pièces de betteraves, très loin, jusqu’aux maisons noires de Marchiennes.
C’était, cette fois, une course de cinq grands kilomètres. Un élan tel les charriait, qu’ils ne sentaient pas la fatigue atroce, leurs pieds brisés et meurtris. Toujours la queue s’allongeait, s’augmentait des camarades racolés en chemin, dans les corons. Quand ils eurent passé le canal au pont Magache, et qu’ils se présentèrent devant la Victoire, ils étaient deux mille. Mais trois heures avaient sonné, la sortie était faite, plus un homme ne restait au fond. Leur déception s’exhala en menaces vaines, ils ne purent que recevoir à coups de briques cassées les ouvriers de la coupe à terre, qui arrivaient prendre leur service. Il y eut une débandade, la fosse déserte leur appartint. Et, dans leur rage de n’avoir pas une face de traître à gifler, ils s’attaquèrent aux choses. Une poche de rancune crevait en eux, une poche empoisonnée, grossie lentement. Des années et des années de faim les torturaient d’une fringale de massacre et de destruction.
Derrière un hangar, Étienne aperçut des chargeurs qui remplissaient un tombereau de charbon.
— Voulez-vous foutre le camp ! cria-t-il. Pas un morceau ne sortira !
Sous ses ordres, une centaine de grévistes accouraient ; et les chargeurs n’eurent que le temps de s’éloigner. Des hommes dételèrent les chevaux qui s’effarèrent et partirent, piqués aux cuisses ; tandis que d’autres, en renversant le tombereau, cassaient les brancards.
Levaque, à violents coups de hache, s’était jeté sur les tréteaux, pour abattre les passerelles. Ils résistaient, et il eut l’idée d’arracher les rails, de couper la voie, d’un bout à l’autre du carreau. Bientôt, la bande entière se mit à cette besogne. Maheu fit sauter des coussinets de fonte, armé de sa barre de fer, dont il se servait comme d’un levier. Pendant ce temps, la Brûlé, entraînant les femmes, envahissait la lampisterie, où les bâtons, à la volée, couvrirent le sol d’un carnage de lampes. La Maheude, hors d’elle, tapait aussi fort que la Levaque. Toutes se trempèrent d’huile, la Mouquette s’essuyait les mains à son jupon, en riant d’être si sale. Pour rigoler, Jeanlin lui avait vidé une lampe dans le cou.
Mais ces vengeances ne donnaient pas à manger. Les ventres criaient plus haut. Et la grande lamentation domina encore :
— Du pain ! du pain ! du pain !
Justement, à la Victoire, un ancien porion tenait une cantine. Sans doute il avait pris peur, sa baraque était abandonnée. Quand les femmes revinrent et que les hommes eurent achevé de défoncer la voie, ils assiégèrent la cantine, dont les volets cédèrent tout de suite. On n’y trouva pas de pain, il n’y avait là que deux morceaux de viande crue et un sac de pommes de terre. Seulement, dans le pillage, on découvrit une cinquantaine de bouteilles de genièvre, qui disparurent comme une goutte d’eau bue par du sable.
Étienne, ayant vidé sa gourde, put la remplir. Peu à peu, une ivresse mauvaise, l’ivresse des affamés, ensanglantait ses yeux, faisait saillir des dents de loup, entre ses lèvres pâlies. Et, brusquement, il s’aperçut que Chaval avait filé, au milieu du tumulte. Il jura, des hommes coururent, on empoigna le fugitif, qui se cachait avec Catherine, derrière la provision des bois.
— Ah ! bougre de salaud, tu as peur de te compromettre ! hurlait Étienne. C’est toi, dans la forêt, qui demandais la grève des machineurs, pour arrêter les pompes, et tu cherches maintenant à nous chier du poivre !… Eh bien ! nom de Dieu ! nous allons retourner à Gaston-Marie, je veux que tu casses la pompe. Oui, nom de Dieu ! tu la casseras !




